AU ROYAUME DES MO

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Novembre 2009
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Lundi 23 février 2009


      
DIURNE EVASION NOCTURNE.
      
De Palhlaschah.

  
"Qui naît personne, est quelqu'un."

 

   Accoudé(e) au contoir, un peu de côté, les yeux à demi ouverts regardent vers là-bas. Attendre. Toujours attendre qu'une personne daigne nous servir, voire juste s'apperçoive de la présence d'un autre être, et prenne par-là conscience de ne plus être seul(e) avec ses collègues. Derrière le contoir en bois massif, ça oui ça bavache, ça cancanne et ça se tire dans les pattes à n'en plus finir. Ah que ça oui, ça s'est faire ! Mais servir, ça non ! Car dans cette ambiance de fête, c'est quand même plus sympa de se la couler douce en se tournant les deux pouces dans un sens puis dans l'autre. Ca oui, ça s'est faire. Et pendant ce temps-là, les gens attendent. Au contoir ou pas, ils attendent. Les uns derrière les autres, ils attendent. En soupirant, en trépignant, en dormant sur place, en discutant, en se réprimandant, ils attendent toujours. Toujours, ils attendent comme ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain. Ainsi va la file qui tantôt se forme, tantôt se déforme, s'étiole, se brise tout net, se disperce et s'éparpille pour mieux se retrouver, se reconstituer et bâtir un tout compact.

   Le nez aspire à petits coups lents ces douces effluves âpres qui embaument la salle toute ronde aux murs tout rouge. La chaleur est si intense que l'air pur du dehors ne vient même pas effleurer les visages pourpres des annonymes. Les conversations ronflent comme les moteurs des véhicules à deux ou quatre roues aux périodes de pointe. Et debout, là, devant le contoir, les yeux à demi ouverts regardant vers là-bas, un peu de côté et toujours accoudé(e), l'attente s'étend dans l'immensité noire du silence de l'étang galactique. Depuis quelques jours désormais, le manque a envahi ce squelette pourvu de chair et vêtue d'une peau marbrée. Le manque. Cette sensation de vide qui s'insinue sournoisement au plus profond des êtres et s'emparent d'eux s'en se soucier des conséquences. Ce manque que tout le monde connaît un jour ou l'autre. Ce manque, qui comme l'attente, subsiste toujours. Partout, il est présent car jamais absent, il hante tout être vulnérable. Alors, le manque fait tourner la tête. Des vertiges surgissent. Devant ces yeux à demi ouverts regardant vers là-bas, des étoiles dansent et sourient. Des étoiles de toutes les couleurs. De couleurs chaudes, vives et rassurantes. Le coude glisse lentement. De ce corps opressé, l'âme s'échappe. En fumée, elle s'élance pour mieux s'évader dans cet Ailleurs idyllique. A l'antre de la sybille, une voix se fait entendre. La masse tombe. La chute est rude.

   Des mains empoignent ce corps inanimé. Avec vigueur, elles le déposent. Allongé et inerte, il demeurt. Puis, comme son âme, vers l'inconnu, il part. Les yeux de nouveau s'ouvrent plus tard. A demi, comme toujours. Ils inspectent les allentours. Tout est blanc. Des draps jusqu'aux murs et du sol au plafond en passant par la porte et le mobilier, tout est blanc. Par la fenêtre, la lumière entre sans crainte. Elle inonde tout l'espace et sa chaleur tiède emplit l'atmosphère angoissante. Vers là-bas, les yeux à demi ouverts regardent de nouveau. L'âme s'appaise doucement. Les pensées entament leur habituelle ronde de l'attente. Le tourbillon est doux, calme, ni trop rapide ni trop lent. Ainsi, aucune d'elles ne s'entrechoquent. Les souvenirs s'invitent et l'image de ce petit bar au coin de la grand-rue apparaît. C'est la dernière fois que ses yeux s'y sont perdus, que son coude s'est accoudé en attendant cette larme d'eau de vie qui n'est jamais venue. C'était la dernière fois. Son âme le savait. C'est pour cela qu'elle s'est envolée tout là-haut. Mais qui l'a faite redeiscendre ici-bas ? Elle le savait. Oui, depuis plusieurs semaines maintenant, elle le savait. Ca ne pouvait en être autrement. La danse de son coeur s'était accélérée plusieurs fois et essoufflé, il s'était reposé sans prévenir. Aujourd'hui, il est exténué. Aujourd'hui, même une ouïe très fine doit tendre l'oreille pour percevoir ne serait-ce qu'un doux battement. Arrêt sur image. Instant interrompu.

   De nouveau, devant ses yeux à demi ouverts regardant vers là-bas, les étoiles arc-en-ciel dansent, virvoltent et lui sourient. Une fois encore, son âme s'élance. Evasion céleste. Une main prend la sienne et l'attire vers là-bas. L'écho du chant des Elfes s'élève alors de l'obscurité nacrée.

  
"23.02.09"

Par Lys - Publié dans : Raconte-moi une histoire - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Commentaires

C'est joli, bien écrit. Je suis pas extrêmement fan des descriptions en général cela dit, mais elles sont nécessairs à l'ambiance il faut le dire. Mais j'aime bien.
Commentaire n°1 posté par Bonnie le 01/03/2009 à 14h03
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