Silence. Grincement. La porte s'entrebâille et bonjour, salut, comment ça va. Bien. Qu'est-ce qu'il fait froid ! On est que ça ?! Les bonnes résolutions du début sont déjà tombées ?? Chacune s'asseoit, s'installe tranquillement et attend dans le silence ou dans les murmures habituels. Des doigts tapotent sur les petits claviers le premier texto du matin adressé à une copine ou au copain. Les secondes puis les minutes passent. Des pas au loin. Les oreilles se tendent comme si de rien était. Chacune essayant de savoir à qui appartiennent ses claquements de chaussures sur le sol froid et trempé du couloir. Et non. C'était quelqu'un. Personne de précis. Personne de leur connaissance et en tout cas pas une des absentes et pas non plus le prof attendu. Les cerveaux s'embrument. Les corps pleins d'énergie il y a cinq minutes s'affaissent peu à peu ou s'énervent légèrement. Certains yeux se ferment pour plonger de nouveau dans le sommeil trop court de cette nuit. Trop court. Oui bien trop court. Le sommeil est toujours trop court. Mais pourquoi ? Pour diverses raisons propre à chacune. Chacune est libre. Libre de faire ce qu'elle veut, quand elle le veut, où elle le veut, comme elle le veut. Les têtes se redressent. Les chaises raclent le sol avec un bruit horrible. Bruit de feuille, de fermeture de trousses. Les stylos sont en main. Le prof est là et le silence est tombé, mais pas pour longtemps. Ca écoute, ça écrit, ça participe, ça fait des réflexions à haute voix, mais pas suffisamment fort pour que le prof comprenne. Ca suit et ça se disperse. L'ennui s'installe pour certaines. Pour d'autres, c'est la routine : il faut suivre donc écrire même si c'est pas intéressant parce que c'est comme ça et pas autrement. D'autres encore dorment carrément sans se soucier le moins du monde de la politesse et du respect de l'enseignant qui donne son cours et qui est là pour les instruire. Les dernières, qui changent d'un cours sur l'autre, écrivent régulièrement et écoutent attentivement : elles suivent pour leur plaisir et parce que ça les intéresse beaucoup. Le cours ou le double cours s'écoule. Le débit se ralentit. Ca s'agite et ça regarde ailleurs : au plafond, dehors, dans le vide, sa voisine. Dans moins d'une minute c'est l'heure et chacune le sait. Les affaires se rangent sans contestations possibles du donneur d'informations. Le cours est terminé. Tout le monde se lève et part ensemble au cours suivant. Le manège recommence, sauf que là elles sont réveillées et seront donc encore plus impitoyables et insupportables si l'ennui s'installait. Les murmures feront place à des bavardages incessants et sans gène de tout genre. C'est ça les cours à l'université.
Au lycée et au collège, ça s'passent pas comme ça. C'est moins cool. Au collège, les élèves doivent attendre dehors peu importe le temps. Et ça c'est pas seulement l'matin, c'est aussi après les récrés de 10 et 15h et après la pause du midi. Et en plus, quand ils attendent, les profs ne se pressent même pas pour venir. Enfin pas tous. Y.en a qui prennent leur temps à discuter de choses et d'autres à l'intérieur de la salle des profs surchauffée et surenfumée. Y.en a d'autres qui ne veulent pas affronter le froid glacial ou la pluie battante tout de suite, alors ils traînent et se fichent de l'état de leurs élèves. Et y.en a d'autres encore qui ne supportent pas de perdre une minute de leur cours ou qui ont un devoir sur table à faire faire donc là ils accourent. C'est comme ça l'collège. Tout l'monde doit suivre. Les bavardages sont encore autorisés mais pas pour longtemps. La porte s'ouvre. Bonjour-bonjour, asseyez-vous, sortez vos affaires et le silence doit tombé immédiatement ou presque sinon l'prof s'énerve ou punit. Ca n'veut pas dire que c'est respecté. Ce s'rait bien trop beau. Evidemment que dans certaines classes le chahut prime. Les profs qu'en ont marre n'font plus de remontrances mais n'en pensent pas moins. Attention les murs ont des oreilles et les parents seront avertis dès que possible. Et personne n's'y attend. Personne ? Non. Pas personne. Il y en a qui voit tout venir, mais qui n'disent rien. Pourquoi ? Pour se protéger eux-mêmes ? Peut-être. Ah, c'est pour ça qu'ils se sont calmés ! Ah, les p.tits malins ! Et voilà le cours passe et tout l'monde doit écrire sinon, donne-moi ton carnet !, ou, encore une fois ça et tu es collé ! Enfin, ça sonne et ils peuvent partir. Partir ? Seulement si le cours est terminé et que les devoirs sont notés dans l'agenda.
Au lycée, c'est encore autre chose. Les élèves sont libres. On ne vient plus les prendre par la main et les guider jusqu'à leur salle de cours. Les rangs par deux, c'est de la vieille histoire. Maintenant, se ranger, c'est faire en sorte de ne pas gêner les autres qui veulent passer dans le couloir. Ils attendent debouts ou assis par terre sur leur sac ou à même le sol le dos contre le mur. 5 ou 10 minutes après la première sonnerie, le prof arrive en se frayant un chemin à travers la foule. Il cherche sa clef, ne la trouve pas, rit avec un collègue et la trouve enfin au fond de son bazarre. Il ouvre, entre. Sa classe le suit, mais sans se presser et en bavardant toujours. C'est le début de la journée, il ne faudrait tout de même pas être trop exigent. Ca s'installe en dormant à moitié, ou en riant à gorge déployée, ça chante ou ça crie. Le prof attend, attend toujours, toujours le silence, ce silence qui a tellement de mal à pénétrer dans les classes. Il ne peut pas faire l'appel alors il compte les présents et note les absents. Enfin, il démarre son cours en redemandant le silence ou en se disant, tant pis pour ceux qui ne veulent pas suivre, moi, j'ai fini mes études et je travaille, alors ça ne m'empêchera pas de dormir. Et voilà, et le premier cours se termine. Les devoirs sont notés à la hâte sur l'agenda ou sur le cours ou sur la main ou encore sur une feuille volante. Au revoir, au revoir, au revoir, ... La journée, et celle de demain et après-demain et après-après-demain se poursuit ainsi. Un vrai manège mais pas une routine car chaque matin annonce la journée jamais semblable à celle d'hier.
